“On ne peut plus gérer la consigne aujourd’hui, comme on la gérait hier”
François Gitton, ex-DSI des groupes Carrefour et Mondelez analyse dans cette interview le rôle de la technologie dans le passage à l’échelle du réemploi.
Il y décrypte également les enjeux d’un S.I. centralisé, qui permettrait de gérer les flux d’un tel déploiement.
Comment percevez-vous le rôle de la technologie dans le déploiement à grande échelle du réemploi et de la consigne monétaire en France ?
On ne peut plus gérer la consigne aujourd’hui, comme on la gérait hier : en remboursant la consigne au client avec des pièces, en se limitant à la tournée du laitier… ou sans optimiser le modèle opérationnel de collecte en magasin.
Les besoins des consommateurs ont évolué, tout comme le modèle de la distribution ou les exigences des industriels agro-alimentaires. Le consommateur souhaite un remboursement immédiat sur sa carte bancaire, le modèle Supply Chain du réemploi doit être bien pensé pour optimiser son impact et diminuer ses coûts… notamment grâce à la traçabilité du parc de contenants en circulation.
Toutes ces innovations reposent, de près ou de loin, sur la technologie et une bonne maîtrise des systèmes d’information. Il me semble essentiel d’utiliser cette technologie à bon escient, pour ce qu’elle peut apporter au modèle du réemploi :
- La praticité dans l’acte de retour des contenants, pour encourager les consommateurs à l’adopter plus facilement
- L’optimisation des flux opérationnels pour rendre la boucle plus vertueuse et permettre ainsi de gagner en compétitivité. Mettre le prix d’un contenant ré-utilisé au même niveau que celui d’un contenant à usage unique est la clef du succès.
“On ne peut plus gérer la consigne aujourd’hui, comme on la gérait hier”
Quels sont à vos yeux les principaux enjeux du Système d’Information centralisé qui permet de gérer les flux opérationnels et financiers de ce modèle ?
La loi AGEC impose 10% d’emballages réemployés en 2027, soit…. 2 milliards de contenants réemployés chaque année. C’est évidemment énorme, par rapport à ce qui est géré aujourd’hui (moins de 1% des volumes).
L’enjeu N°1 du Système d’Information est donc d’être suffisamment fiable et robuste pour encaisser ce changement d’échelle dans les années à venir. Garantir par exemple à tous les acteurs la disponibilité du SI chaque fois qu’ils en auront besoin, et offrir des temps de réponse stables quel que soit le trafic.
Le 2ème enjeu est à mes yeux la simplicité des solutions technologiques et la fluidité dans l’échange d’informations.
En premier lieu, simplicité pour le consommateur, qui doit pouvoir facilement rapporter ses contenants consignés et récupérer le montant de la consigne.
Mais aussi la capacité du SI à faire travailler ensemble de nombreux acteurs sur la chaîne de valeur (les opérateurs de collecte, de tri, de lavage… de transport). Le SI doit permettre à ces acteurs de se connecter facilement et d’échanger les bonnes informations. C’est un enjeu essentiel pour pouvoir piloter efficacement le flux des contenants en circulation et gérer les stocks à toutes les étapes de la boucle, partout sur le territoire.
Enfin, dans le 3ème enjeu, certaines informations sensibles doivent ou peuvent être échangées pour bien faire fonctionner le modèle, notamment au niveau des flux financiers de la consigne monétaire. C’est le cas par exemple des données de mise en marché des industriels, ou les données de ventes de produits en consigne en magasin… Le SI doit donc garantir la sécurité et la confidentialité des informations échangées avec chacun des acteurs de la boucle.





